Histoire du libéralisme


Présentation de l' Histoire du libéralisme (auteur : Samuel Béreau) : Vous pouvez consulter un extrait de l'introduction et la table des matières aux Editions Ellipses, ou acheter cet ouvrage en ligne à la Fnac ou encore Amazon.


« Qu’aucun homme ne peut, de par sa nature, régler en maître absolu (autokratôr, αὐτοκράτωρ) toutes les affaires humaines sans se gonfler de démesure (hubris, ὕϐρις) et d'injustice (adikia, ἀδικία) ».
Les Lois, Platon, page 713 c

« La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. (...) Elle n'y est que lorsqu'on n’abuse pas du pouvoir : mais c'est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. (...)
Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».
De l’Esprit des Lois, Montesquieu, 11, 4, page 293.

« Autrement dit, l'essence de la philosophie politique de Montesquieu est le libéralisme : le but de l'ordre politique est d'assurer la modération du pouvoir par l'équilibre des puissances (...).
Les étapes de la pensée sociologique, Raymond Aron, page 63.

Qu'est-ce que le libéralisme ? On distingue le plus souvent deux types de libéralisme, l'un serait économique alors que l'autre serait politique. Mais, le libéralisme économique diffère du libéralisme politique tel que le caractérisent Montesquieu et Aron. Le premier est défini par le dictionnaire Larousse comme une « doctrine économique de la libre entreprise selon laquelle l'État ne doit pas gêner le libre jeu de la concurrence » ; le second comme une « doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l'État au bénéfice des libertés individuelles ». L'ordre même des définitions adopté par le Larousse est significatif. On a tendance aujourd'hui à penser que le libéralisme est d'abord économique avant d'être politique. Dès que l'État voudrait réguler les échanges, il fausserait le libre jeu de la concurrence. Par exemple, s’il fixe arbitrairement les prix dans un secteur de l'économie, il crée des monopoles et empêche l'émergence de petites entreprises innovantes créatrices d'emplois. Aux yeux de la modernité, le libéralisme économique paraît donc impliquer le libéralisme politique. Il faudrait limiter le pouvoir de l'État afin de préserver la liberté individuelle d'entreprendre.
Cependant, depuis Adam Smith (1723-1790), la théorie économique libérale suppose une situation de concurrence bien plus qu'elle ne la déduit. Or, un système concurrentiel n'a rien d'évident. Une entreprise, par exemple, peut en acheter une autre afin d'éviter justement que celle-ci ne la concurrence. Un acteur économique puissant peut tenter de corrompre des hommes politiques pour faire passer une loi en sa faveur. Sans même parler de l'espionnage industriel, de la contrefaçon. Autrement dit, pourquoi les grands groupes (les riches, les puissants) n'écrasent-ils pas les petits ? Plus précisément, comment le système du libre jeu de la concurrence a-t-il pu s'établir ? Si on ne le suppose pas, à quelles conditions (hier comme aujourd'hui) peut-il naître et perdurer ? Le libéralisme est censé défendre et préserver les libertés fondamentales de l’être humain, comment ces libertés (politique, religieuse, économique) s'établissent-elles et comment pouvons-nous les préserver ?
L’Histoire du libéralisme, consacré pour une grande part à la question de l'équilibre dynamique des pouvoirs, constitue une défense théorique du libéralisme politique. La liberté politique, comme équilibre dynamique des pouvoirs, née et théorisée dans l'Antiquité, n’est pas révolue aujourd'hui, elle s'est certes transformée dans nos démocraties représentatives (inconnues des anciens), mais elle continue d'interpeller notre libéralisme moderne. Faire en sorte qu'aucun groupe n’en domine un autre, éviter à la fois la tyrannie de la majorité et la tyrannie d'une minorité, reste aujourd'hui comme par le passé, un des enjeux majeurs de la vie en commun.
Si le libéralisme politique est la condition de possibilité du libéralisme économique et non l'inverse, la domination sans partage du second au détriment du premier entraînerait la disparition de la liberté politique. Un groupe social, que ce soit une classe sociale fermée ou une communauté religieuse, finirait par soumettre les autres groupes sociaux. La concurrence entre agents économiques se muerait en compétition violente pour le pouvoir. À l'inverse, si le libéralisme politique est de nouveau capable de générer des contrepouvoirs, les conflits sociaux internes aux démocraties libérales pourront peut-être produire de nouveaux compromis législatifs ou constitutionnels et protéger les libertés individuelles.